dimanche 17 mai 2015

Quelques semaines d'éternité...

Bonjour cher visiteur,

Comme vous vous en doutez, si je n'écris pas si souvent sur le blog ces temps-ci, c'est qu'il y a fort à faire... sur les berges de ma bien aimée Fecht...

Voilà quelques semaines maintenant que la nature se réveille en Vallée de Munster. A chaque jour sa nouveauté. Il y aura eu l'ail des ours, puis les salsifis sauvages. 


Maintenant les bergeronnettes couvent dans leurs nids. Et comme de bien entendu, les insectes qui nous intéressent tant font, progressivement, leur apparition.


Oh bien sûr, il y aura bien eu un petit coup d'eau pour calmer un peu tout ça, mais ça y est. On y est. Cela pêche fort. Certains jours...






























C'est un sentiment d'injustice qui m'habite : ces journées passent trop vite. Le jour où je serai Roi du Monde, ma première réforme s'intitulera : "Interdiction de travailler durant la période bénie de la pêche à la mouche s'étalant du 15 avril au 15 juin". 

Ainsi tout le monde pourra jouir des délices que nous offrent les rivières en cette saison.

Pour l'heure, certains ne se gênent pas à en profiter, et je les guide avec délectation :

Qui pour s'initier à la mouche,


Pas mal pour un début !
Qui pour découvrir la pêche en nymphe au fil,





Ou juste pour découvrir ma rivière de cœur et pêcher en Alsace :




Une belle du haut de la Vallée de Munster...

Les sedges arrivent... 


Pendue ! En sèche à Munster...



Bref, je voulais juste profiter de mon passage sur la toile pour partager avec vous mon euphorie. C'est le moment de l'année à ne pas rater, et c'est si bon !

Dès demain, je m'octroie une petite pause, direction les beaux ombres de... Non, je vous raconterai la prochaine fois.

@ bientôt au bord de l'eau,

Gilles,






mercredi 1 avril 2015

Pour nous la vie va commencer

Voilà quelques jours que le pêche de la truite a officiellement démarré. 

A nouveau, nous avons le droit de fouler les berges de la Fecht, canne en main, pour tenter d'en extraire un rêve doré et goutellant. 

Délectation pour les yeux que la robe des truites de la Fecht...

A nouveau, nous pouvons savourer les pauses entre amis, accompagnées comme il se doit des mets les plus rustiques, ponctuées de récits de quêtes chimériques. 

Quel plaisir de rentrer le soir, toujours plus tard qu'à l'heure promise à nos épouses, fourbus, harassés, gelés, la tête emplie de rêves !

Cette année encore, le tout début de saison aura permis, d'entrée de jeu, de pratiquer à la mouche, avec à peu près de succès.



Certains trop courts moments ont même été plutôt fastes !


Instant de grâce : 2 passages, 2 jolis poissons... juste pour mettre l'eau à la bouche...









Une ombre planait pourtant jusqu'il y a peu sur ce tableau idyllique. Après tout, nous n'étions qu'au mois de mars.

L'hiver, pas si long que ça, pas si rude que ça non plus, n'en a, cette année encore, pas moins saupoudré allègrement les hauteurs de la Vallée de Munster :

Les sommets de la Vallée de Munster, Mars 2015


Tranquillement, lentement, ces tombereaux de neige fondaient... et ne rendaient pas la pêche des plus aisées :



Mais depuis ce dimanche, miracle ! Voilà que des seaux d'eau tombent du ciel, inondent la vallée, exterminent les relents de neige des Schnepfenried, Gaschney, Hohneck et autres sommets enfin laissés en paix.

Il faut être pêcheur pour jubiler à voir la rivière en crue. Qu'il est bon de voir la crue printanière s'installer pour de bon !



Très bientôt, nous serons débarrassés de la chape de neige qui ternissait un peu nos envies de grosses pêches.


La station de ski du Schnepfenried, à quelques jours d'intervalles...



Alors bon, bien sûr, dans les prochains jours, on sera en mode "pause" :


La Fecht à Metzeral, 30.03.2015


C'est le moment de finir, rapidement, de se préparer. Monter cette nouvelle soie, équiper cette nouvelle épuisette, finir une série de nymphes, apporter quelques retouches au site Internet.


De nouvelles soies naturelles "Pêche à Soie" pour 2015...


... ainsi qu'une belle attrapeuse de rêve de chez le "Bois Pêchant"...


Dans quelques jours, il sera trop tard. Affamées par des mois de jeûne, achevées par une crue brutale, les belles de la Fecht seront dehors. 

L'heure du rencard aura sonné : comme un shoot, enfin, nous pourrons prendre notre dose. Sans crainte de tomber à court de came.

@ bientôt,

Gilles,


mercredi 4 mars 2015

Orgasme en maison close...

Comme chaque année, nous venons de vivre le pire mois de l'avant-saison. Février devrait être banni des calendriers : le mois du froid, de la grisaille, de l'immobilisme. 

Le mois où vraiment on n'en peut plus de l'hiver qui semble ne jamais vouloir passer. 

Le mois où on compte les heures, les minutes, qui nous séparent du droit d'aller retrouver les belles de la Fecht, les ombres mosellans.

Février est mort, ça y est. Un mince espoir de sortie renaît. On se remet à contempler les nuages, à consulter fiévreusement le site de Vigicrue, à faire des estimations aléatoires de l'épaisseur du manteau neigeux.

Bon, sur ce coup là, Vigicrue n'aura pas été de bon augure pour nous. Nous devions enfin, après des mois de léthargie, sortir hier avec l'Autoéclosion (le bonhomme que je dois vous présenter dans l'article suivant) : direction le Doubs, chez l'ami Bigup.

Mais la météo en a, comment dire, décidé autrement :


Adieu promesses de pêches miraculeuses, d'apéritif au Sapon, de casse-croûte sur un caillou à se raconter des histoires de pêche que tous connaissent déjà.

La mort dans l'âme, l'Autoéclosion avait donc prévu de se pendre. 

Alors, pour lui épargner ce sort funeste, nous avons dû nous résoudre à la solution de l'extrême : la solution des amoureux éconduits, la solution des rustres, la solution de ceux dont les hormones prennent le dessus sur la raison : un passage en maison close.

Qu'on se le dise, en dépit d'un ton ironique, je n'ai rien contre la pêche en réservoir. Certains y prennent du plaisir et se spécialisent même dans le courtisage de truites de bassines suréduquées.

Mais je n'ai jamais accroché plus que de raison ce genre d'endroits. Peut-être que les résidentes, par trop impressionnable par les strass, les paillettes, les frou-frou, me semblent trop futiles. Peut être la lenteur de la pêche, l'économie de déplacements, m'ennuie-t-elle un peu. Peut être que les rustres que j'y rencontre quelque fois, obnubilés par leur besoin de vaincre la gente féminine, d'avoir la plus grosse (et de surtout ne pas saluer, ni engager la conversation), me rendent-ils un peu amer.

Bref, comme tous les bonhommes en manque, on est sortis en maison close.


Et je dois reconnaître que ça a été bon : les premières morsures d'un timide soleil d'hiver, les premiers chants de merles, de l'eau claire, des poissons pas si faciles, une pêche fine en nymphe, et même : les premiers poissons pris en sèche. Je dois l'avouer, on a eu notre orgasme. Un petit, certes. 


Peut-être que la culpabililté de pêcher un lupanard, ou celle de prendre des poissons à la barbe d'un (visiblement) grand spécialiste de la spécialité (et qui fait des doubles tractions, et qui peste, et qui vocifère, et qui change de mouche, puis de soie, puis de stratégie), peut-être donc que ce sentiment a atténué un peu la décharge d’ocytocine.





































Mais on s'est bien marrés, et enfin, le soir, on a pu s'endormir à nouveau sur l'image d'un museau qui perce la surface pour, délicatement, cueillir un sedge. 

Encore quelques semaines à tenir...

@ bientôt,

Gilles,
Guide de pêche en Alsace.






samedi 7 février 2015

Chat noir et Autoéclosion - part. 1/2

En ces temps de disette et de sombres actualités, il est bon de se remémorer les plaisir simples qui font la vraie vie.

Ces petits moment vécus au cours des derniers instants de pêche, juste avant que la trêve ne nous plonge dans une léthargie ouatée. 

Oh bien entendu, à force de se rappeler les bons moments, on fini par les embellir un peu. On oublie petit à petit les "plans foireux", les désillusions, les jours où "ça va pas comme on veut". On se dit que la saison prochaine, tout cela n'arrivera pas.

Et pourtant.

Laissez-moi vous présenter deux complices, deux compagnons de l'impossible, deux tartarins aussi barrés que moi. Avec ces deux, un simple appel téléphonique de quelques instants suffit pour monter une expédition aussi téméraire qu'improbable, dont nous sortirons forcément grands vainqueurs, l'appareil photo chargé de clichés de blocs gros comme ça.


Une belle de la Fecht, en Alsace

Avec ces deux au moins, je sais que la saison prochaine réservera des sorties scandaleusement foirées. 

On montera des centaines de mouches toutes plus appétissantes les unes que les autres.

On fera des kilomètres. 

On pêchera du mieux qu'on peut, mieux encore que sur les vidéos des cracks autoproclamés de Youtube. 

On pêchera jusqu'à plus soif. On fera pas un poisson. 

Je me prendrai une méchante tôle par ce camarade railleur qui profitera de l'aubaine pour me ressasser, les 10 prochaines années, comme je suis passé à côté.

On boira un café trop chaud, trop fort, à l'aube. 

On prendra l'eau. 

On se trempera jusqu'aux os. 

On crèvera de chaud sur un radier endormi au mois d'août. 

On se mentira en prétextant pêcher avec la même mouche que l'autre (alors qu'en fait, on aura noué un truc de fou ! Peut-être que je lui dirai un jour...). 

On ne s'aidera pas à épuiser un poisson. Parfois, on se dira même "merde, il a l'air beau celui-là, j'espère qu'il le décroche". 

Pêche de l'ombre... Une journée à "tôle"...
On frissonnera aux prémices du coup du soir. On sortira ensemble, repus, d'une folle soirée où des milliers, pardon des millions de sedges dragueront sur ce grand lisse de la Moselle.

Laissez-moi vous les présenter, donc : le premier s'appelle "Chat-Noir". Le bonhomme est sympa et souriant : assez pour dissimuler cette faculté à provoquer l'ire des dieux de la pêche, dès que nous sommes réunis.


Pêche en Alsace... avec le sourire !
J'aurais dû m'en douter, pourtant : la toute première fois qu'il est venu en guidage sur la Fecht, nous nous sommes pris une montée d'eau de plusieurs dizaines de centimètres, d'un coup d'un seul. 

Pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas (encore) cette petite rivière d'Alsace, notez que ce phénomène est tout bonnement : impossible en vallée de Munster. 

Point de barrage, point de turbine, pas plus de travaux en rivière. Point d'orage, pas la moindre goutte de pluie. Juste un coup d'eau, venu d'on ne sait où, comme ça. Pour faire ch...

Cela a duré suffisamment longtemps pour altérer le résultat de la pêche du jour, mais il s'en est tiré. Ma méfiance s'en est trouvé endormie...


Une petite fario de la Fecht


Pêche en nymphe...

Sur la Fecht à Munster...
Le bonhomme a ensuite poussé le vice, en commandant une journée de guidage un 1er janvier (j'ai écrit à la dixième ligne que les gus étaient barrés). Bon, forcément, à jouer avec le feu, des fois on se brûle. 

L'hiver sur le massif vosgien, c'est -10°C et/ou un délicieux mélange de neige et de pluie glacée qui fouette le visage, attaque les mains, pétrifie le moindre centimètre de peau laissé à nu.

Pour le coup, on a donc eu une belle journée vosgienne : un mélange subtil de froid, de froid, de froid, de cette foutue pluie solide qui troue les doigts. Et d'un petit vent frais.

Dès le départ au matin, on avait compris je crois, que ça allait pas être simple. Il faut dire que comme tout être normalement constitué, le préposé au dégagement des routes avait autre chose à faire le premier jour de l'année que de se balader sur des cols enneigés.


Col de la Schlucht, un 1er janvier...

Mais le gars s'en est pas mal tiré, alors ma méfiance s'est endormie...


Brochet à la mouche

Un joli brochet des Vosges
C'est depuis lors, je crois, que tout a basculé. Ce genre de conditions pourries, les effusions de joie à la prise d'un joli poisson, sont propices au scellement d'amitiés sincères.

De client sympa, Chat-Noir est devenu "ami". Et depuis, nous sommes liés par le serment des rêveurs, tous deux en quête perpétuelle d'un mieux, d'un plan-de-la-mort, de la poutre suprême, du brochet que même dans les rêves on se dit "nan, faut pas déconner là".

Sur le fond, ce n'est pas si mal que de rencontrer des tarés profonds, des gars qui pensent poisson à chaque minute de leur existence. J'avoue m'être senti moins seul, j'ai abandonné mes séances de psychanalyse (le toubib en avait marre de toutes façons de mes problèmes existentiels : une wf 9F ou une wf 9F/I ou une wf9S1 ? Une bille de 3, de 2.8 ou de 2.5 sur cette nymphe ? Si je prends le courant à l'envers, arriverais-je à pêcher proprement le bloc de la berge d'en face, que personne ne peut atteindre ?) .

Le problème, c'est que par une curieuse alchimie, dès que le bien nommé Chat-Noir pêche en même temps que votre serviteur : c'est le drame. Des rivières jusque là sages se mettent à déborder en tous sens. Des brochets affamés, assoiffés de sang, perdent appétit. Une météo clémente vire à la tempête sibérienne.

Ce n'est pourtant pas faute de préparer assidûment nos sorties. Car Chat-Noir et moi avons un point commun :



On adore quand un plan se déroule sans accroc. 

Préparer une sortie avec Chat-Noir, c'est rechercher l'efficience maximale. Préparer du fourbi, soigner le moindre détail de notre équipement d'aventurier des eaux troubles. 

Si nous nous étions rencontrés 10 ans plus tôt, nous aurions été incapables de payer les factures de téléphone qu'induisent des heures et des heures de masturbation cérébrale (remercions les fournisseurs d'accès pour leurs forfaits illimités) : "monte du petit, ils sont sur le fretin de l'année", "prend aussi du gros, là bas ils ne bouffent que des truites", "prends du qui descend, ça va pêcher creux"... 

Des heures de cogitation enfiévrée. Un inventaire à faire pâlir des aventuriers qui prépareraient l'exploration d'un territoire inconnu, où même le saucisson n'aurait pas été encore inventé.

Même pas peur !
Tout ça pour que dalle.

Parce que Chat-Noir et moi, dès qu'on pêche ensemble : on fait capot. Mais bien hein, on rate rien : on prend pas une tape, pas un suivi, on voit que dalle. Un CAPOT quoi.

On participe à un concours à la mouche ? Dès son arrivée, Chat-Noir tire au sort les postes les plus pourris du jour. Les autres concurrents nous en remercient encore. 

Pire, il se met à faire un temps caniculaire en plein mois de novembre.

Brochet à la mouche en Alsace
L'âme vengeresse, on se concocte une sortie dans le Nord de la France ? Aussitôt monté en voiture, des tombereaux de neige envahissent les routes. Un froid polaire vient geler nos streamers rutilants. Deux faux lancers, et voilà toutes les fibres collées.

Les artifices patiemment préparés prennent alors une nage de chien crevé et gelé : tout droit. 

Streamer à brochet : imitation de poisson surgelé
Jamais de ma vie, je n'ai eu si froid. Peut-être parce qu'on avait décidé de pêcher en float tube.




Bercés par nos illusions, nous n'avons pas pris gare au fait qu'il n'y avait, ce jour, que 2 tarés sur l'eau. Peut-être à cause de l'alerte orange lancée par la météo ?

Je ne vous dévoilerai pas l'issue de ce périple en terres givrées : vous vous en doutez sûrement.

Tout de suite, cela pêche moins bien...

Trois jours qu'il m'a fallu pour me réchauffer. Trois. A l'heure où j'écris, je ne suis pas sûr d'ailleurs que l'intérieur de mes os ait retrouvé une température normale, malgré une cure prolongée de carburant montagnard :

Séchage de streamers... et réchauffement du bonhomme...

Alors forcément ça râle comme il faut, ça couine, ça tire la gueule. 

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? 

Faut-il être idiot pour se lancer dans des plans pareils ? Ou juste profondément inconscients ? Plus jamais, ça c'est sûr, on ne nous y reprendra pas.

Jusqu'à la prochaine fois en tout cas... Et il me tarde, mon Chat-Noir...

@ bientôt,

Gilles, 
















mercredi 24 décembre 2014

Bonnes fêtes de Noël à tous !

L'automne, bien qu'interminable, est passé vite... Et l'hiver semble ne toujours pas vouloir pointer son nez.

J'ai l'impression que hier encore, le soleil brillait dans la vallée, inondée du son des clarines. C'était la transhumance.




Mais non, tout ça c'était il y a un moment déjà. Oh, il ne s'est pas passé tant de choses depuis lors, ou plutôt si, il s'en est passé : la Moselle a bien du prendre une dizaine de pics de crue, nous laissant, pauvres pêcheurs, le sentiment amer d'être passés à côté.



L'automne tant attendu, ses promesses de gelées matinales, d'éclosions massives d'olives, de sulfures, a été un peu rat cette année : une poignée de sorties "valables", pas mal d'expéditions rocambolesques à la poursuite d'une chimère à la dorsale violette. 


Si, si, ça a pêché... mais pas autant qu'on l'aurait voulu. Pas assez souvent. Pas assez de mouches. Pas d'assez gros poissons. Pas assez d'ivresse. Je vous l'ai déjà dit, je suis de la race des éternels insatisfaits.




Nous voilà donc déjà rendus à la fin du mois de décembre. Même si on ronchonne, St Pierre doit nous avoir trouvé assez sages pour envoyer son émissaire rouge nous gâter un peu.

Après tout c'est vrai, on aurait pu être plus têtus avec ces ombres, et jouer davantage encore à leur planter de la ferraille dans le bouche ! 


Mais on a préféré rester sages et traîner un peu en réservoir, (chut ! Le Saint Patron le sait pas.)... Alors peut être que demain soir, sous le sapin... Une canne... Une soie... Un gilet de la mort qui tue... 
Et beaucoup, beaucoup de rêves ensoleillés de rigolades les pieds dans l'eau, dans la torpeur d'un coup du soir de juin...

Bon Noël à tous, amis pêcheurs ! Ainsi qu'à ceux qui vous sont proches !


@ bientôt,

Gilles,